Enluminure « P » de style Haut Gothique – // – Work In Progress (WIP)

ENLUMINURE « P » HAUT GOTHIQUE



Je présente ici un travail en cours (Work In Progress = WIP) et je posterais les photos au fur et à mesure de son avancement. Il s’agit ici de l’enluminure d’une initiale « P » de style haut gothique basé sur ce magnifique exemple qu’est le psautier exécuté pour le Duc Jean de Berry vers 1380.

Dans cet article « Pas à Pas » j’explique les étapes montrées en photo.

OUTILS

  • Pinceau N°0, N°000, N°0000 et N°1,
  • Brunissoir en agate,
  • Crayons HB et 8B,
  • Papier-calque,
  • Papier cristal.

PIGMENTS

  • Blanc de Titane,
  • Rouge Vermillon,
  • Bleu Outremer foncé,
  • Noir d’ivoire,
  • Brun Van dyck.

DORURE

  • Mordant à la gomme d’ammoniaque pour la dorure à plat (bandes extérieures),
  • Assiette à dorer artisanale pour la dorure en relief.

OR

  • Or transfert 22 carats,
  • Or libre 22 carats.

 

1 – Création du dessin : En tout premier lieu, je prends un moment pour créer le dessin de ma lettre. Je travaille sur un morceau de papier pour imprimante (environ 80 gr/m²) pour ne pas gâcher un matériau plus onéreux et avec un crayon de papier assez dur (ici F) et bien taillé pour avoir de la précision dans mes tracés.  Puis, une fois que je suis content du résultat, je le repasse à l’encre noire indélébile.

2 – Gommage du tracé : Comme le dit la légende de la photo, je gomme tout le tracé fait au crayon de papier. J’époussette une première fois et je gomme à nouveau dans un autre sens cette fois-ci. J’époussette encore.

3 – Création du calque : Un des instants critiques de la préparation du dessin, est bien le moment où l’on prépare le calque. Effectivement, on va devoir tracer une première fois le dessin dans son sens normal (recto) puis une seconde fois dans son sens inverse (verso).

4 – Face inverse du calque : C’est là que les choses se compliquent un peu car on va travailler avec un crayon de papier assez gras (ici 8B) et essayer de garder la même précision qu’avec le crayon plus dur. La petite astuce pour réussir à garder plus ou moins de précision, est de souvent tailler son crayon gras.


5 – Pose du calque : Pour cette étape, je découpe mon support final aux mêmes dimensions que le calque et je pose stratégiquement de petites bandes de scotch afin qu’elles ne recouvrent pas le dessin. Une fois le calque en place, je peux repasser dessus avec un crayon de papier dur (ici c’est une pointe en cristal) ou bien frotter directement le calque avec un plioir en os ou en plastique. Il y a le choix de la technique en tous cas.

6 – Délinéation et gommage du tracé : Quand le dessin se retrouve sur le support final et dans le bon sens, c’est le moment de le délinéer à l’encre noire indélébile pour fixer le dessin. La suite consiste à gommer dans un sens puis dans l’autre en époussetant entre chaque passe.

Ça y est ! le dur labeur de préparation du dessin est terminé ! J’ai un beau dessin passé à l’encre sur son support final !

Je vais pouvoir passer à un autre travail de précision. Celui-ci est primordial car le résultat final de la dorure va directement dépendre du temps de finition que je vais prendre pour la pose de  mon assiette à dorer.

Je m’explique : comme le dessin comporte beaucoup d’angles aigus (comme l’intérieur des fleurs ou bien les zones qui entourent la lettre), je vais devoir jouer avec mon pinceau à chaque fois pour avoir une assiette à dorer qui ne déborde pas ou ne passe pas par-dessus le tracé. Ô joie !

7 – 8 – Pose de l’assiette à dorer faite maison : J’applique mon assiette en une première couche ni trop fine ni trop grasse pour avoir de la précision. Je pousse mon assiette du centre vers les angles plutôt que de « peindre » avec.


9 – Pose de l’assiette à dorer faite maison : J’applique mon assiette en une première couche ni trop fine ni trop grasse pour avoir de la précision. Je pousse mon assiette du centre vers les angles plutôt que de « peindre » avec.

10 – 11 – 12 – Suite de la pose de l’assiette à dorer : Je continu à poser mon assiette sur le contour de la lettre. Ici aussi, je fais très attention à ne pas passer sur le tracé. C’est assez difficile car la tracé mesure 0.2 mm mais j’ai ma technique !

Je suis équipé de lunettes grossissantes et d’un cure-dent! Si , si !

Je rectifie toujours quand l’assiette est encore humide ! Les lunettes me permettent de repérer tout de suite les endroits où mon assiette dépasse, et le cure-dent est parfait pour gratter en un seul geste l’excédent d’assiette afin de l’enlever.

Et Voilà pour la première couche d’assiette à dorer. Pour ma part, je pose entre 2 et 5 couches en fonction du bombé que je recherche. Il y a encore du boulot !

Entre chaque couche, une fois qu’elles ont bien séchées, je passe un coup de brunissoir pour harmoniser le tout et je passe ensuite une lame de cutter bien aiguisée pour enlever ou égaliser les éventuelles imperfections.


13 – L’assiette à dorer est posée :  Après plusieurs heures de travail, l’assiette à dorer a été soigneusement posée, poncée, polie et brunie. Il est temps de poser l’or !

Les bordures ont eu droit à la pose d’un mordant à la gomme d’ammoniaque ancienne pour avoir une dorure à plat.

14 – 15 – Pose de l’or 22 carats :  J’ai tout d’abord commencé par les petits points, puis les feuilles losange. Une fois fait, je décide de ne poser qu’une seule couche d’or au vue du résultat.

16 – Le surplus d’or est enlevé :  On voit bien ici, qu’après le passage d’un pinceau doux, que l’or en surplus a disparu. Effectivement, là où il n’y a pas d’assiette, ça ne colle pas !

17 – 18 – Pose du reste de l’or :  Je continu ma pose sur toutes les zones où j’ai de l’assiette. Je ferais les bordures plus tard pour éviter les problèmes.


Toutes les couleurs sont posées grâce à une détrempe médiévale. Pour deux mesures de pigments, j’ajoute deux mesures de glaire d’œuf, une mesure de gomme arabique liquide et une mesure de jaune d’œuf. Après avoir bien mélangé et/ou broyé le pigment au besoin, j’ajoute une goutte d’essence de bergamotier pour la conservation. Ces couleurs sont pures et n’ont pas eu d’ajout d’autres teintes.

19 – Pose du bleu outremer :  Je remplie la lettre et les feuilles d’une première couche plutôt diluée. Je laisse sécher et je repasse une seconde couche moins diluée que la précédente. En tout, j’aurais posé trois couches de peinture.

20 – Pose du rouge vermillon :  Même chose ici, je pose le rouge sur les feuilles et sur la lettre en plusieurs couches.

21 – Pose des pigments sur les tiges :  Toujours avec ces deux couleurs, je suit le tracé des tiges pour les colorer. Ici, cela aura été fait en deux couches.

22 – Pose du blanc de titane :  Avec un pinceau 0000, je pose mes rehauts avec délicatesse sur les feuilles.


23 – Suite des rehauts :  Je continu la pose des rehauts. Cette fois-ci, on est sur la lettre et les tiges. J’essais de varier les formes et intensité des traits.

24 – Et fin des rehauts :  Voila, c’est terminé pour les rehauts.

25 – 26 – Rien que pour vos yeux :  Avec et sans le reflet de l’or, la pièce est presque terminée. Il ne reste que les coins à faire.

26 – Pour les yeux !

LE MOT DE LA FIN

J’ai passé un super moment à faire ce projet et à écrire cet article pour vous. En espérant que cela vous inspire, à bientôt Amis Griffonneurs !

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